« Il faisait si beau … »

Et il faisait si beau ...

Je me réveille, je me lève, je m’habille, et un café en mains, je me mets à l’ordi.

Il est tôt.

Il fait silencieux, dehors.

Il fait clair, ou presque. Et le ciel est bleu.

« Et il faisait si beau … ». Une voix venue de très loin m’emplit de joie et de tristesse.

Et je laisse de côté la préparation d’un cours par vidéo-conférence – tâche totalement hors de mes compétences, et donc longue et fastidieuse.

 

« Et il faisait si beau … ».

Me revient la voix de ma grand-mère maternelle, cela devait être dans les années 60-70.

Pour la ixième fois, elle me raconte le début de la seconde guerre mondiale, et l’invasion de la Belgique en mai 1940. « Et il faisait si beau ! Les pommiers étaient en fleurs, les oiseaux chantaient … On aurait jamais pu croire qu’on était en guerre … Et ça recommençait … ».

Parce qu’elle avait bien connu la précédente, de guerre.

Nous ne sommes pas le 10 mai 1940, mais le 23 mars 2020. Nous ne sommes pas en guerre. La chance extraordinaire de ne pas être en guerre, ici en Belgique. De ne pas combiner une épidémie et d’autres tragédies – guerres, tremblements de terre, camps de réfugiés, …

Et pour la grande majorité d’entre nous, d’avoir un toit sous lequel être confinés.

La chance extraordinaire en Belgique, et à ce jour en tout cas, de ne pas vivre la douleur et le désarroi que vivent des milliers, des dizaines de milliers de personnes dans des pays parfois proches, parfois plus lointains, touchés par le Coronavirus.

Nous regardions hier un reportage sur la situation dans et autour de Bergamo, en Italie. Nous voyions par écrans, caméras, et reporters interposés, des malades, des équipes surchargées et épuisées.

Nous devinions la détresse de ceux qui meurent sans la proximité de leurs proches.

Nous entendions la douleur de ceux qui ne peuvent plus partager les rites des funérailles, laissées par obligation aux seules mains du personnel des pompes funèbres, lui aussi mis à mal.

Nous voyions, il y a deux jours je crois, de premiers reportages en Belgique sur la « difficulté de vivre en confinement » … depuis trois jours …

Puissions-nous décider et nous soutenir à rester confinés le temps nécessaire, si rien ne nous oblige à ce qu’il en soit autrement.

Puissions-nous soutenir les autorités qui nous le demandent, si même certains ne sont pas convaincus de l’efficacité de la mesure. Parce qu’il suffit que certains ne se plient pas à la mesure pour rendre la mesure totalement poreuse.

Intuitivement, et d’autant plus si nous avons une formation ou un métier qui nous y a formé, nous savons depuis son annonce que le confinement (ou une autre mesure forte) va durer. Nous savons que plus « la courbe » de l’épidémie s’aplatit, plus la situation reste gérable – et se prolonge dans le temps.

Et donc, on peut s’attendre à ce que, à moins d’un médicament miracle, nous soyons confinés ou limités pour … nettement plus de 2 ou 3 semaines.

Alors voilà. Pour beaucoup d’entre nous, ces jours-ci, c’est difficile, ou un peu difficile, c’est tout.

Comme d’autres, je rêve d’avoir été contaminé, d’être immunisé, et de pouvoir me joindre aux équipes qui en ont besoin.

Il fait beau … On est le 23 mars 2020, et en Belgique, à ce jour, on n’est pas en guerre. Juste en confinement, un beau jour de printemps.

Olivier Limet, le 23 mars 2020

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