Rupture du lien parent-enfant dans le contexte de séparations conflictuelles – Formation de 3 jours

Le terme "Aliénation parentale" est très controversé. Essayons un autre regard sur la problématique ...

Approche sociologique du risque de rupture du lien enfant-parent (père ou mère) dans le contexte de séparations parentales conflictuelles, et pistes alternatives d'intervention. Formation de 3 jours.

La formation ici proposée s'adresse à des associations, groupes, projets, qui la sollicitent. 
Aucune formation publique n'est programmée à ce jour.

Si vous participez à cette formation, c’est probablement que …

Si vous participez à cette formation, c’est vraisemblablement parce que, dans le cadre de vos interventions professionnelles, vous faites face (ou pourriez faire face) à des situations de séparations parentales conflictuelles dans lesquelles un ou plusieurs enfants sont, ou risquent d’être, en rupture de lien avec l’un de leur parents (père ou mère).

Dans certaines situations, cette rupture de lien est légitimement justifiée par des faits reconnus comme très inadéquats ou graves. Bien souvent (à l’exception par exemple de « déchéance » ou de « retrait total de l’autorité parentale »), dans de telles situations, le lien est et peut être maintenu, à certaines conditions.

Dans d’autres situations, il est difficile d’y voir clair sur les causes de rupture de lien. De manière caricaturale, on pourrait dire que les présupposés peuvent être imprégnés de « il n’y a pas de fumée sans feu », ou de « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ».

Nous nous intéresserons plus particulièrement durant cette formation aux situations dans lesquelles un enfant rejette un de ses parents (père ou mère) de manière virulente, alors que les raisons invoquées par l’enfant semblent bien futiles pour justifier une telle attitude. Et que peut se poser la question de l’attitude ou du positionnement de l’autre parent (et plus largement du système parental parfois très élargi) par rapport au rejet.

De mon expérience, il ressort que les situations dégénèrent parfois à partir de faits, croyances, évènements relativement mineurs.

Un exemple concret, où la situation aurait pu dégénérer …

Prenons un exemple, que j’ai souvent mentionné dans des interventions ou articles[1] :

Cette maman m’explique en quoi la décision prise avec son ex-mari de mettre en place un « hébergement égalitaire » [ou « résidence alternée », « garde partagée », selon les pays] pour leur petite fille de 4 ans est selon eux la bonne décision : l’enfant a besoin de deux parents, et le mieux pour l’enfant, si les conditions matérielles le permettent, est d’être autant auprès d’un parent que de l’autre … Et tout au long de ce qu’elle m’explique, la maman déglutit. Elle m’explique aussi que malgré que la décision est sûrement la meilleure pour les besoins de l’enfant, elle constate que sa petite fille ne va pas très bien. Elle a mal au ventre quand est venu le moment de partir chez Papa, … Je dis à cette maman qu’elle parle de l’hébergement égalitaire avec beaucoup de conviction et d’arguments forts … et lui demande comment elle se sent, par rapport à ce qu’ils ont mis en place … Et la maman s’écroule, en larmes, et pleure, et pleure encore, et me dit en quoi (alors qu’elle se dit convaincue du bienfondé des arrangements pris, et convaincue du fait que son ex-mari est un chouette papa) elle s’inquiète pour sa petite fille qui est parfois malade, fait des cauchemars, et en quoi c’est pour elle insupportable de voir partir sa petite pour une semaine, tous les 15 jours … Le papa a beau être un super-papa, il ne sent quand même pas les choses comme elle, explique-t-elle. Pour elle, le départ de sa fille chez son papa pour une semaine, c’est chaque fois comme une insurmontable déchirure, et peut-être pour a sa fille aussi, pense-t-elle.

Et quand la situation dégénère …

Cet exemple n’a pas ici pour finalité de débattre des modalités d’hébergement, et de leurs effets positifs ou négatifs sur l’enfant et / ou sur les parents. Il permet de mettre le doigt sur le fait qu’une telle situation aurait pu dégénérer, et au bout de quelques mois seulement, faire l’objet d’un long et âpre combat fait d’argumentations à propos des « meilleurs » modes de « garde », et sur les manquements ou dysfonctionnements de l’un ou l’autre parent. Une telle évolution aurait pu mener à ce que l’enfant devienne malade, ou devienne le porte-parole d’un parent, et éventuellement commence à dénigrer l’autre parent … En quelques mois seulement, cette situation aurait pu être qualifiée, critères à l’appui, « d’aliénation parentale ». Il y aurait eu lieu de déterminer à quel « degré » cette petite fille était « aliénée », de déterminer si tel parent était ou pas « aliénant », et si ou à quel point.

Une parenthèse …

Voici le moment d’ouvrir une parenthèse : sans nier ni l’existence, ni les effets dévastateurs (pour l’enfant, mais aussi pour chacun des parents) des mécanismes qui mènent parfois à ce qu’un enfant dénigre de manière persistante et démesurée un parent, alors que les faits ne semblent pas justifier ce dénigrement, il me paraît important de souligner mon malaise, présent depuis plus de 25 ans : Les catégories « (syndrome d’) aliénation parentale », « aliénant », « aliéné », m’apparaissent comme trop simplistes et stigmatisantes, et peuvent selon moi mener autant, si pas plus, à l’une ou l’autre forme de réactivité qu’à une issue. Mais malgré mon malaise, je dois bien constater que :

1°) je n’ai, pas plus que d’autres, trouvé un terme court qui pourrait faire consensus. Il suffit de voir le titre donné à la présente formation ;

2°) une large proportion de la littérature (y compris scientifique, et y compris parmi les opposés ou détracteurs) continue depuis maintenant 40 ans à mobiliser les termes « aliénation parentale ».

Sans surprise, donc, une bonne partie des auteur.e.s et articles proposés aux participantes[2] à la formation se référera d’une manière ou de l’autre – pour l’expliquer, pour en défendre le concept, ou pour le rejeter – à « l’aliénation parentale ». Durant la formation, nous donnerons un éclairage aussi succinct que possible des polémiques et principaux arguments mobilisés depuis 40 ans.
Fin de la parenthèse …

Quand la situation dégénère, que faire …

Peut-être y aurait-il eu lieu de déterminer si cette petite fille était « aliénée », et si oui, à quel degré ; de déterminer si tel parent était ou pas « aliénant », et si oui, à quel point ; de s’intéresser aux rôles de chacun des protagonistes (père, mère, enfant(s) – et autres figures parentales consécutives aux éventuelles reconfigurations familiales ; etc.

Qu’aurait-il alors fallu mettre en place ? Invitation à la médiation, thérapie familiale, expertise, guidance parentale éventuellement encadrée par la justice, ou encore modification radicale des modalités d’hébergement, condamnation, etc. ?

De telles perspectives d’intervention s’avèrent parfois incontournables face à des situations très conflictuelles. Elles s’intéressent souvent (même si pas exclusivement) aux « traits de personnalité » des protagonistes, et aux relations entre eux.

Selon les champs d’intervention, dans les cas complexes et durables, le « diagnostic » se formule notamment en termes de pathologies (psychologiques ou psychiatriques), ou de « déviance », ou encore d’infraction pénale.

Sentiment fréquent d’impuissance …

Il faut bien constater que, dans les situations très bétonnées, les interventions (judiciaires, psychologiques, thérapeutiques) centrées sur les attitudes et comportements des protagonistes s’avèrent souvent décevantes et limitées.

Face à la détermination dure et fermée de certains enfants ou parents, ou à la souffrance extrême et durable de certains, le terme « impuissance » est souvent évoqué.

Les finalités de cette formation de trois jours …

Cette formation de trois jours ne prétend en rien proposer des solutions « miracle ».

A côté d’une lecture plus psychologique ou judiciaire, focalisée sur chacun des « acteurs », leur personnalité et comportements, la formation vise à aborder et tenter de comprendre de telles situations sous un angle plus sociologique et sociohistorique. A appréhender ce phénomène comme étant aussi le fruit d’un contexte, que l’on pourrait de manière métaphorique décrire comme une scène, des décors, une « mise en scène » ayant un impact sur le jeu des acteurs – que ceux-ci soient parents, enfants, professionnels …

A tenter de clarifier comment prévenir l’émergence de telles situations, et si elles sont déjà très enkystées, d’envisager quelles graines semer et quel soin leur apporter.

Au cours de ces trois journées …

À cette fin, au cours des deux premières journées, on pointera à l’aide d’illustrations et de supports visuels quelques décors quasi universels de la grande scène sur laquelle se jouent les mutations familiales dans les sociétés occidentales : superposition de modèles parentaux ; évolutions sociohistoriques majeures, et leurs implications sur le jeu des acteurs. Non pas pour déresponsabiliser les acteurs, qu’ils soient parents, enfants, ou professionnels, mais au contraire pour leur donner des points d’appui pour poser des choix plus conscients.

On verra ensuite en quoi cette scène contemporaine, imprégnée au travers de ses décors de diverses évolutions, constitue un terreau favorable à l’émergence de situations de ruptures telles que décrites plus haut.

On tentera ensuite, sur cette base, de « déconstruire » deux ou trois situations de rupture du lien, parfois étiquetées « d’aliénation parentale », en s’appuyant sur ce qui précède. Il s’agira en quelque sorte de démonter pièce par pièce et décor par décor les constructions et les interprétations qui se sont faites autour de ces situations.

Lors de la troisième journée, qui laissera la part belle à la pratique et aux échanges, l’on s’essayera à comprendre selon d’autres modèles d’interprétation et d’action ces mêmes situations (ou d’autres situations comparables), et l’on se risquera à les remettre en scène.

Et n’oublions pas …

Comme pour la plupart de mes interventions, les participantes (qui le veulent !) seront mises à contribution pour participer à des scénettes, qui ponctueront et illustreront les points abordés.

Et « last but not least » … l’humour sera présent. Un humour non pas aux dépens de personnes, mais un humour qui, en se décalant, permet de comprendre « autrement ».

Pour vous préparer à la formation ...

Si vous souhaitez vous familiariser avec le type de regard qui sera proposé durant la formation, je vous invite à lire : Limet O., « Évolution des séparations et reconfigurations familiales : Réflexions sur la place de l'enfant et de sa parole », in Revue scientifique de l’AIFI, Volume 7, N° 1, Québec, Ed Yvon Blais, Printemps 2013, pp 75-98, et éventuellement d'autres articles également consultables sur https://www.limet.org/publications/

Des articles de divers autres auteurs seront adressés par mail aux participantes.

Olivier Limet, www.limet.org,  novembre 2025.

[1] LIMET O., « Du parent ‘suffisamment bon’ à la check-list du parent parfait … un risque pas si éloigné », in Actes du sixième colloque de l’AIFI « Les compétences des parents et les familles séparées », tenu les 6-8 juin 2013 à Ste-Adèle, Québec, Canada, 2013. (https://www.limet.org/lesson/competences-parentales-ou-checklist-parent-parfait/)

[2] Etant donné que vous serez très probablement plus de femmes que d’hommes à participer à cette formation, je considère que « le féminin l’emporte »

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